Théodore Monod a vécu 98 ans. Il a traversé toute la durée de ce 20ème siècle qui fut certainement le plus barbare et le plus meurtrier dans l’Histoire de l’Humanité.
Observateur lucide, témoin engagé et humaniste militant pour tenter de nous instruire sur d’autres voies que celle de la fascination funeste, profondément enracinée dans l’homme, pour l’Argent et la Guerre, sa vie durant, il n’a cessé d’être animé par une curiosité insatiable pour la Nature, le Terre, le Vivant, leur passé et leur devenir.
En 1943, alors Directeur de l’Institut Français d’Afrique Noire, il affirmait dans ses conseils aux chercheurs :
« Tout est intéressant et utile. Mais à condition d’être exact, correctement observé, vrai, et ce n’est pas si simple : nous savons si peu, et su mal, regarder ... ».
Avec réalisme, vers la fin d’une vie entièrement consacrée à ajouter quelques connaissances à La Connaissance, il disait être l’ultime survivant d’une variété de scientifiques au savoir encyclopédique, comme pouvaient l’être ceux du 19ème siècle.
C’est dans le Sahara que Théodore Monod pu à la fois assouvir son inextinguible soif de connaissance et ses profondes interrogations sur l’homme.
Par l’exemplarité de sa vie, de sa science et de sa réflexion, Monsieur Monod est le révélateur de la nature du désert et de l’âme de l’homme qui le parcourt, au propre et au figuré. Pour beaucoup, la chance d’avoir bénéficié de sa confiance et de son amitié, de ses conseils et de sa sagesse, a permis de donner de belles et riches orientations à leurs itinéraires scientifiques et humains. Ce fut mon cas, depuis 1972, où le Professeur Monod m’encourageait à approfondir l’astroblème de Talemzane, sur le piémont de l’Atlas Saharien, en Algérie ...
La chance insigne d’avoir fréquenté cet être d’exception, impose un devoir : celui de transmettre, même imparfaitement et très modestement, tout ou partie de son message d’utopie qui n’est pas l’irréalisable, mais l’irréalisé ...
François Soleilhavoup.